Une approche spirituelle en psychologie

Une silhouette tient le soleil entre ses mains, à contre-jour sur un ciel bleu

Comment libérer notre personnalité des poids qu’elle porte, de toutes ces souffrances accumulées qui reviennent nous visiter sans y avoir été invitées ? Et comment vivre autrement qu’enfermés dans un moule devenu trop étroit ?

Psychologue clinicien, je consacre une grande partie de mes journées à ce travail : accompagner des personnes qui veulent se libérer de leur histoire, au niveau même où cette histoire s’est écrite, celui de la personnalité. Ce travail est précieux, il porte des fruits, et rien de ce que je vais écrire ici ne le remet en cause. Mais ma pratique m’a montré autre chose : il existe un autre niveau, où quelque chose se dénoue autrement. Un niveau qui n’est plus seulement psychologique, mais spirituel.

C’est ce chemin que je veux vous présenter, à travers une notion que Carl Gustav Jung nous a léguée et qui n’a pas fini de nous instruire : l’archétype. Et à travers une pratique que j’ai construite à partir d’elle, et que j’appelle la Technique de l’Archétype Sacré.

Notre personnalité : ce qu’elle porte, et pourquoi elle ne suffit pas toujours

Notre personnalité s’est construite depuis notre plus tendre enfance. Nous sommes tous traversés par les influences de notre histoire et de notre vécu : un nombre incalculable d’émotions et de sensations plus ou moins perturbantes remontent en permanence, reflet de notre héritage familial et parfois ancestral.

Cette personnalité est la somme de ce que nous avons acquis. Elle porte nos ressources et nos forces, et il faut lui rendre cette justice. Mais elle porte aussi nos limitations, nos blessures, tout ce que nous n’avons pas encore traversé. Elle abrite cette partie de nous qui garde le souvenir de toutes les blessures, celle que la psychologie nomme volontiers l’enfant intérieur.

Alors la question se pose, et nous nous la posons tous un jour : comment ne plus subir les influences de nos souffrances et de nos blessures ?

Tant que nous restons fixés sur notre personnalité, nous sommes continuellement ramenés aux anciens fonctionnements. Le travail psychothérapeutique opère à ce niveau, et il y accomplit quelque chose d’essentiel : dénouer, comprendre, apaiser, remettre du mouvement là où l’histoire s’était figée. J’y engage chaque jour toute ma rigueur de clinicien. Et pourtant, il arrive un moment, chez certaines personnes, où l’on sent qu’un autre appel se présente. Comme si la question n’était plus seulement de réparer ce qui a été blessé, mais de trouver un lieu en soi que la blessure n’a jamais atteint.

Résoudre le problème à un autre niveau

Un adage bien connu dit qu’il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints. Derrière le sourire, l’intuition est profonde : pourquoi chercher à résoudre nos difficultés en restant toujours au niveau du problème, alors que nous pourrions les regarder depuis leur source, depuis un autre niveau ?

C’est précisément ce que permet l’archétype. Il appartient au niveau des causes, de ce qui se tient à l’origine. Se relier à lui, c’est cesser d’être continuellement identifié à nos souffrances, à nos douleurs, à tout notre passé, c’est-à-dire à notre personnalité. Non pas les nier, mais ne plus regarder la vie uniquement depuis elles.

Une seule pratique ouvre alors deux mouvements : avancer sur son chemin spirituel, et se libérer de ses blocages.

L’archétype : ce qui se tient à l’origine

Le mot mérite qu’on s’y arrête. En grec ancien, « archétype » dérive du verbe archô, qui porte à la fois l’idée de commencement, de ce qui se trouve à l’origine, et celle de commander. S’y ajoute le suffixe typos : l’empreinte, la marque, le type. Archétypos pourrait ainsi se traduire par « ce qui est à l’origine du modèle ». L’un de ses plus anciens emplois se trouve chez Empédocle, au cinquième siècle avant notre ère, à la période des présocratiques.

Si l’archétype constitue ce qui se trouve aux origines, de quelles origines s’agit-il ?

Toutes les traditions de l’humanité ont donné un nom à cette origine : la Vie, la Nature, Dieu, le grand Architecte de l’Univers. Les noms diffèrent, la reconnaissance est la même. Et un athée peut y trouver son compte : la notion de Loi du vivant lui suffit, puisque les Lois de la physique existent. Les Lois de la nature ne seraient-elles pas, d’ailleurs, les expressions et les manifestations d’un Archétype plus grand ?

Quelle que soit la porte par laquelle vous entrez, croyante ou non, la même perspective s’ouvre : il existe un niveau d’organisation qui précède nos histoires personnelles, et ce niveau nous reste accessible.

Jung et le Soi : un héritage à prolonger

C’est Carl Gustav Jung qui a donné à l’archétype sa place dans la psychologie. Rien d’étonnant à cela : Jung portait une vision intégrative avant l’heure, attentive à ce qui relie la psyché aux grandes images de l’humanité. Je tiens à le dire clairement : je ne convoque pas Jung comme une preuve scientifique. Je le lis comme un éclaireur, dont l’œuvre offre une grille de lecture d’une profondeur rare pour qui s’aventure sur ce terrain.

Chez Jung, l’archétype relève de la transcendance. Il ne se voit pas, il ne se mesure pas ; il se reconnaît à ses effets.

« Personne n’a jamais vu un archétype, pas plus qu’un atome. Mais on sait que le premier produit des effets numineux et le second des explosions. Lorsque je parle de l’atome, c’est du modèle que l’on en a construit que je parle ; et lorsque je parle de l’archétype, c’est de ses représentations qu’il s’agit, jamais de la chose en elle-même qui, dans les deux cas, reste un mystère relevant de la transcendance. »

Carl Gustav Jung, Correspondance (t. III, p. 108)

L’archétype n’appartient donc pas au monde humain, mais il en est comme la référence qui vient donner corps et vie à notre réalité imparfaite. Jung observe d’ailleurs que les archétypes habitent nos rêves, et que ce peuple d’images n’a rien de chaotique : tout y est orchestré par une instance qu’il nommera le Soi, et qu’il décrit, dans Un mythe moderne, comme ce qui ordonne et organise la personnalité.

Vers la fin de sa vie, il écrit ces lignes qui éclairent toute la démarche que je vous présente :

« Je dirai ici que la résistance de l’âme cesse lorsque nous pouvons renoncer à être centrés sur le Moi, et que le Soi (conscience + inconscient) nous recueille dans sa plus vaste amplitude, où nous sommes alors « entiers » et, du fait de notre relative totalité, proches de la Totalité véritable, c’est-à-dire de la divinité. »

Carl Gustav Jung, Correspondance, 1955 (t. IV, p. 53)

Voyez comme Jung avait pressenti que ce qui nous limite ne se dénoue pas entièrement au niveau du Moi, c’est-à-dire de la personnalité, mais à un autre niveau : celui du Soi. Celui que, dans mes mots, j’appelle l’Âme.

De l’animal totem à l’Archétype Sacré

Les archétypes décrits par Jung ont été très largement repris, notamment pour construire des tests de personnalité que l’on trouve aujourd’hui partout en ligne. Ces tests peuvent avoir leur intérêt : ils vous donnent une image de votre personnalité. Mais une image de votre personnalité ne vous dira jamais qui vous êtes en tant qu’Âme, en tant que parcelle de vie.

C’est ici qu’une distinction devient nécessaire, et elle structure toute ma pratique. Il y a d’un côté l’archétype lié à votre personnalité : c’est le territoire de l’animal totem, auquel j’ai consacré un article détaillé et un guide pratique, L’Animal Totem Ressource . Cette première rencontre est déjà un chemin de connaissance de soi, et elle prépare admirablement ce qui suit.

Et il y a, de l’autre côté, ce que j’appelle l’Archétype Sacré : non plus l’image qui reflète votre personnalité, mais celle qui résonne avec la partie sacrée en vous. Une image qui n’appartient pas à votre histoire, et qui pour cette raison précise peut vous en ouvrir la sortie.

La rencontre : ce qu’elle demande

Je dois d’abord vous dire ce que cette rencontre n’est pas. Ce n’est pas un choix conscient. Vous ne choisissez pas votre Archétype Sacré comme on choisit une image inspirante : c’est une découverte, celle de l’archétype qui résonne avec ce qui, en vous, relève du Sacré.

Votre mental analytique ne pourra pas vous y conduire. Il est un outil de la personnalité, remarquable dans son ordre, mais c’est justement au-delà de la personnalité que la rencontre se joue. On ne reçoit pas l’appel d’une autre dimension de soi avec les outils de celle que l’on cherche à dépasser.

L’outil de cette rencontre, c’est votre intuition, cette écoute fine qui nous relie à l’Âme, et dont j’ai décrit ailleurs comment elle se cultive . Encore faut-il lui donner les conditions de s’exercer : la rencontre demande une modification de l’état de conscience, pour accéder à la dimension du Sacré. Les traditions chamaniques, auprès desquelles j’ai reçu des enseignements, le savent depuis toujours : il existe des seuils intérieurs que l’on ne franchit pas dans l’état ordinaire de veille.

La démarche consiste donc à vous accompagner dans un état modifié de conscience, et à accueillir ce qui vient : la qualité, la vibration, la couleur de la présence spirituelle qui vient à votre rencontre. J’emploie le mot de rencontre et je le souligne, car c’en est véritablement une : entre votre personnalité et votre partie spirituelle, votre partie divine comme l’appellent certains. C’est un choix et une reconnaissance mutuelle.

Je peux en témoigner de l’intérieur. Mon premier archétype s’est présenté à moi vers mes vingt ans, bien avant que la psychologie ne devienne mon métier : Merlin, venu comme une image paternelle. Je sais donc, d’expérience et pas seulement par mes accompagnements, ce qu’une telle Présence change dans une existence.

Ce que cela change dans une vie

Revenons à la différence des regards, car tout est là. Le regard de la personnalité interprète chaque événement à la lumière de son histoire : il ne peut pas faire autrement, c’est sa fonction. Le regard depuis la partie sacrée voit les mêmes choses, mais dégagées des affects de souffrance, dans des émotions de joie et de paix plutôt qu’à travers les conflits intérieurs.

Nous avons alors une possibilité nouvelle : choisir le chemin que nous voulons prendre, simplement parce que nous avons accès à une autre dimension de nous. Et laisser cette dimension nous enseigner de nouvelles façons de voir et de faire. Cette approche n’est pas seulement théorique : elle est réellement pratique, et c’est là toute sa valeur. Ce travail intérieur est une opération d’alchimie : tel que je l’observe chez les personnes que j’accompagne, il vient transformer peu à peu les souffrances en joie et en paix, grâce à cette Pierre Philosophale qu’est notre Archétype Sacré.

Un exemple vécu vous le montrera mieux qu’un long développement. Lors d’un accompagnement de groupe, c’est l’archétype de Méduse qui s’est présenté à une élève. Une vraie surprise pour elle, et un archétype difficile à reconnaître : Méduse, ce personnage effrayant qui pétrifie d’un simple regard. Pourquoi une telle figure, et en quoi serait-elle sacrée ?

Ce qui compte, c’est le sens de cet archétype pour la personne. Méduse incarnait très exactement ce qu’elle n’osait pas vivre : se positionner, s’affirmer face aux autres, prendre sa place. Cette élève avait précisément du mal à se montrer et à exister pleinement dans sa vie. La Présence de Méduse est venue lui enseigner cela, et l’accompagner dans son quotidien.

D’autres figures peuvent se présenter : une Magicienne, un chaman, la Lumière, l’Épée de saint Michel, une divinité comme Isis. Le bon archétype est celui qui correspond à la personne sur son chemin. Et c’est bien pourquoi cette démarche est un chemin en soi, et ne pourra jamais se réduire à un questionnaire comme on en trouve sur internet.

Ce que ce chemin demande, et ce qu’il ne remplace pas

Je vous dois la clarté sur trois points.

Cette démarche ne vous demande de croire à rien. Vous y entrez avec votre sensibilité, croyante, athée ou simplement curieuse, et c’est l’expérience qui vous instruira, pas un dogme. Votre liberté reste entière, avant, pendant et après.

Elle ne remplace pas le travail psychologique. Quand des blessures sont vives, quand un psychotraumatisme est actif, le niveau de la personnalité demande à être accompagné pour lui-même, avec les outils qui sont les siens. Les deux niveaux se complètent ; l’un ne dispense jamais de l’autre. Et rien de ce que je décris ici ne se substitue à un suivi médical ou psychologique en cours : si vous êtes accompagné, ce lien est précieux, gardez-le.

Elle demande, enfin, un cadre. Un état modifié de conscience n’est pas un jeu : il s’accompagne, avec une préparation, une présence exercée et un retour. C’est tout le sens du travail en groupe que je propose, et la raison pour laquelle je ne transmets pas cette technique comme une recette à appliquer seul chez soi.

Une aventure à vivre

Au fond, l’alternative est simple à dire, et immense à vivre : soit nous continuons de regarder notre vie depuis notre personnalité actuelle, avec son histoire et ses répétitions ; soit nous laissons la Présence du Sacré entrer en nous et nous guider. Non pas pour fuir notre humanité, mais pour l’habiter enfin depuis un lieu que les blessures n’ont jamais atteint.

C’est une aventure à vivre. Et vous, depuis quel regard vivez-vous votre vie aujourd’hui ? Et que se passerait-il si une autre dimension de vous attendait, simplement, que vous veniez à sa rencontre ?

C’est pour vivre ce travail sur soi, dans un cadre accompagné, que j’ai construit un temps dédié à l’Archétype Sacré au sein du cycle « Intuition et conscience » de la formation d’Opale Psychologie. Si vous vous sentez appelé, vous pouvez le découvrir, quand ce sera le moment pour vous.


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