Comment développer son intuition

Le soleil se couche sur la mer, l’horizon dégagé

« Si même mon thérapeute ne sait pas quoi faire, alors je dois être un cas irrécupérable ! » Combien de fois ai-je entendu cette phrase dans mon cabinet, prononcée par des personnes arrivées après un long parcours, adressées de praticien en praticien. Et combien de fois, en les écoutant, me suis-je posé la question qui traverse tout accompagnant : comment aider quelqu’un lorsque toutes les techniques que l’on connaît ne suffisent plus ?

La réponse que ma pratique m’a donnée n’est pas une technique de plus. C’est une attitude intérieure. Elle porte un nom que tout le monde emploie et que peu de personnes explorent vraiment : l’intuition.

Je m’adresse d’abord à vous qui accompagnez, thérapeutes et professionnels de la relation d’aide : l’intuition est, je le crois, l’état d’être du thérapeute. Et si vous n’accompagnez personne, restez : ce qui la fait naître en séance est aussi ce qui la fait grandir sur tout chemin intérieur.

L’intuition n’est pas une qualité, c’est un état d’être

On présente souvent l’intuition comme un don que certains auraient reçu et pas les autres, ou comme une compétence à entraîner, au même titre que la mémoire. Ce que mon chemin m’a montré est différent. Nos qualités appartiennent à notre personnalité ; l’intuition, elle, est en relation avec notre Être intérieur.

Il y a d’un côté le développement personnel : celui de notre personnalité, comme son nom l’indique. De l’autre, le développement de notre vie spirituelle, ce qui est bien différent. L’intuition appartient au second. Elle est à la fois le signe de notre évolution intérieure et le moyen d’y avancer : le passage d’une vision centrée sur l’avoir à une vision ancrée dans l’être.

J’irai plus loin, et je le dis comme une conviction forgée par des années de pratique : l’intuition est le langage de notre Âme, sa façon de rejoindre notre personnalité. Vous en connaissez déjà les traces : ce sont vos prises de conscience. Chaque fois que quelque chose se dépose en vous avec une évidence tranquille, sans démonstration ni raisonnement, quelque chose de plus vaste que votre mental vient de vous parler.

C’est aussi par elle que se découvrent votre mission de vie et votre juste place parmi les autres : le mental seul n’y accédera pas.

Comment, alors, laisser ce langage se déployer ?

Écouter ne suffit pas

Pour rester concret, voici comment cela se passe en séance. Une personne me confie ce qu’elle traverse. L’écouter est nécessaire, mais écouter ne suffit pas : dire oui, refléter, reformuler, cela n’ancre pas un changement. Pour accompagner réellement, il faut écouter et, dans le même temps, laisser apparaître la réponse ajustée à cette personne, à ce moment précis de son histoire. Une réponse unique, personnalisée, que le mental seul n’aurait pas produite.

Il faut, bien sûr, plusieurs cordes à son arc. Se former à des approches intégratives est, pour un accompagnant, une vraie nécessité : c’est le sens de mon parcours entre la psychologie, la thérapie manuelle et les approches holistiques. Plus la palette est riche, plus la réponse peut s’ajuster. Et pourtant, la formation ne suffit pas encore.

Que manque-t-il, alors, pour laisser émerger la réponse ?

L’attitude intérieure : s’oublier

Mon constat, après plus de vingt ans à accompagner des centaines de personnes comme psychologue et formateur, tient en peu de mots, et il va peut-être vous laisser perplexe : le principal obstacle à l’intuition, c’est le fait de vouloir pour soi.

Vouloir trouver. Vouloir réussir. Vouloir aider, même : tant que je reste occupé de moi dans la relation, quelque chose brouille l’écoute. L’attitude intérieure pourrait se résumer ainsi : oubliez que vous êtes là.

Vous serez d’autant plus intuitif que vous serez impersonnel dans vos relations. Moins vous pensez à vous dans la relation à l’autre, plus vous ressentez avec justesse ce qui se présente. Étrange déclaration ? Elle s’éclaire dès que l’on se souvient de ce qui précède : l’intuition n’appartient pas à la personnalité. Pour qu’elle parle, il faut que la personnalité fasse silence.

Des personnes me demandent parfois comment je fais pour lire en l’autre comme dans un livre ouvert. Il n’y a là rien de mystérieux : c’est une aptitude à écouter l’autre en s’oubliant soi-même. Quand on cesse de prendre toute la place, il n’y a plus de parasitage. Tout devient clair. Et cette aptitude s’appuie sur une capacité innée de l’être humain : celle d’entrer dans un état modifié de conscience, cette présence ouverte que connaissent ceux qui méditent ou qui prient.

La vraie intuition n’est pas reliée à soi pour soi-même. Elle est reliée à l’autre et, en définitive, à la Vie.

Le regard fixé sur l’obstacle

Rappelez-vous la première fois où vous avez fait du vélo sans les petites roues. Vous vous êtes agrippé au guidon, et vos yeux ont cherché l’obstacle : la barrière, le fossé, le mur. Plus votre regard restait rivé à ce que vous redoutiez, plus il devenait impossible de tourner le guidon. Votre mental ne voyait plus que le problème.

Notre mental fonctionne ainsi : il se fixe, et il ne voit plus que ce sur quoi il se fixe. Tant que le regard intérieur reste accroché au problème, à soi, à la peur de mal faire, aucune réponse neuve ne peut apparaître. Développer son intuition, c’est apprendre à décrocher le regard pour laisser la Vie proposer un autre chemin.

La posture du Passeur

Je voudrais partager un souvenir. La technique de mon ebook L’Animal Totem Ressource est née au cours d’une séance de préparation mentale avec un sportif de haut niveau . Rien ne me destinait à employer dans ce contexte une pratique venue d’un tout autre univers : mon mental analytique me répétait qu’elle n’était pas adaptée. Il fallait simplement accepter de faire le lien, de créer un pont. Je l’ai laissé se faire, et quelque chose de nouveau est né ce jour-là.

Faire le pont entre deux rives : voilà, au fond, ce qu’est être intuitif. J’appelle cette posture intérieure celle du Passeur. Le Passeur se tient relié à la dimension spirituelle de la Vie, celle de l’Âme, et en même temps, on l’oublie trop souvent, pleinement présent dans la réalité concrète, au service des autres. Il côtoie les deux rives et relie des approches qui paraissent antagonistes, mais qui font pleinement partie de la Vie.

C’est à ce moment que s’opère la magie, en deux mots : l’Âme agit.

N’est-ce pas cela, au fond, un vrai thérapeute ? Et n’est-ce pas cela, plus largement, une vie habitée : se tenir entre les deux rives, et laisser passer ?

Ce que ce chemin demande

Un mot encore, pour être honnête jusqu’au bout. L’intuition ne se décrète pas, et elle ne dispense de rien : ni du discernement, ni du travail sur soi, ni, pour les accompagnants, d’une formation sérieuse. Elle demande une pratique régulière et l’humilité de vérifier ce qui monte en nous : ce n’est pas toujours l’intuition, c’est parfois notre peur ou notre désir déguisés. Apprendre à distinguer l’une des autres est le cœur même du travail.

Et si vous traversez une période de souffrance psychique, ce chemin ne remplace pas un suivi médical ou psychologique en cours. Il peut s’y ajouter ; il ne s’y substitue pas.

Une porte à ouvrir

Reste la question du départ : comment développer son intuition ? Vous en tenez maintenant la clé, qui n’est pas une technique mais une attitude : écouter en s’oubliant, décrocher le regard, se laisser traverser. Le reste est affaire de pratique et d’expérience guidée.

C’est précisément ce que nous travaillons dans le cycle « Intuition et conscience » de la formation d’Opale Psychologie : un temps d’expérience et d’entraînement, entre pairs, pour faire de cette posture d’écoute le socle de votre pratique. Et si vous n’accompagnez personne, cette attitude se cultive de la même manière : chaque rencontre est un lieu d’écoute.

Thérapeute ou accompagnant, si vous souhaitez développer cette posture dans votre pratique, quand ce sera le moment pour vous : découvrez le cycle « Intuition et conscience » d’Opale Psychologie


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