Trouver son animal totem : une rencontre avec soi

Un ours brun de face, la patte levée, sur un fond de végétation

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui fait qu’une rencontre marque une vie entière ? Pour moi, elle a eu lieu il y a plus de trente ans, aux lisières de la forêt de Brocéliande. J’étais alors étudiant en philosophie, passionné de chamanisme à une époque où l’on en parlait peu, nourri des ouvrages de Mario Mercier et de Carlos Castaneda. Avec trois amis de la faculté, nous allions rêver dans cette forêt, et c’est là, au cours d’un voyage chamanique, que j’ai rencontré mon premier animal totem.

Cette rencontre a compté d’autant plus que je portais alors un vide : celui d’un père qui n’a jamais voulu me reconnaître. La Voie du Chaman s’est présentée dans ma vie à ce moment précis, et l’animal qui est venu vers moi est devenu une présence qui m’enseigne encore aujourd’hui. Ce fut mon premier vrai travail sur moi, bien avant la psychologie : c’est à sa suite que je suis devenu psychologue, et non l’inverse.

Alors, que recouvre réellement cette expression que l’on croise partout, « trouver son animal totem » ? Et qu’est-ce que cette rencontre peut ouvrir dans une vie ? C’est ce que je voudrais partager avec vous ici.

Deux rencontres possibles, à ne pas confondre

Une précision d’abord, car elle évitera une confusion fréquente. Il existe deux rencontres possibles avec un animal totem, et elles ne se confondent pas.

La première concerne l’animal totem lié à votre personnalité : celui qui vous représente en profondeur, qui vous reflète avec vos forces, vos qualités et vos zones d’ombre. Celui-là ne se choisit pas : il se rencontre, par le voyage intérieur, et jamais le mental ne peut le décider. C’est la rencontre que j’ai vécue à Brocéliande.

La seconde concerne ce que j’appelle l’animal totem ressource : l’allié que vous appelez pour une qualité précise qui vous manque. La force de vous affirmer, le courage d’agir, le calme face au regard des autres. Ici, la démarche part d’un besoin clairement identifié, et l’animal vient incarner la qualité que vous n’avez pas encore reconnue en vous. C’est la méthode que je transmets dans mon ebook L’Animal Totem Ressource, et j’y reviendrai.

Les deux rencontres se complètent. L’une vous révèle qui vous êtes ; l’autre vous montre un chemin que vous n’avez pas encore osé prendre.

Le chaman, premier accompagnant de l’âme humaine

Pourquoi un psychologue clinicien s’intéresse-t-il au chamanisme ? La question m’a souvent été posée, et je la comprends.

Ma réponse tient en une conviction, que ma pratique n’a cessé de confirmer : le chamanisme est, à mon sens, la plus ancienne démarche d’accompagnement de l’âme humaine. Les chamans, ces « Marcheurs de Rêves » comme se nomment certains d’entre eux, furent en quelque sorte les premiers accompagnants de l’humanité, bien avant que nos disciplines n’existent.

Leur vision du monde mérite qu’on s’y arrête. Pour le chaman, la nature est le corps de la Vie, et chacun de nous en est un membre : chaque plante, chaque pierre, chaque animal fait partie du même corps vivant. Rien n’y est séparé, tout y est relié. Cette vision, que les traditions nomment Notre Mère la Terre, n’est pas une croyance à adopter : c’est une expérience à vivre, celle de retrouver sa place au sein du vivant.

Et vous remarquerez une chose : les grandes questions qui nous habitent, le sens de notre vie, notre place parmi les autres, ce que nous avons à apporter au monde, sont toutes des questions de relation. Nous ne pouvons pas vivre en dehors du monde : nous sommes interreliés. L’animal totem s’inscrit exactement là, comme un trait d’union entre notre intériorité et le grand corps du vivant.

La nature, lieu de la rencontre chamanique

Ce que la psychologie en reconnaît

Cette vision d’un être humain composé de plusieurs parties, imbriquées dans plus grand que lui, pourrait sembler bien éloignée de la clinique. Elle en est en réalité très proche.

Pierre Janet, dès le début du siècle dernier, décrivait une personnalité composée de plusieurs parties plus ou moins indépendantes, qui interagissent entre elles ou cessent de le faire. Carl Gustav Jung a ouvert cette compréhension à la dimension collective, avec l’inconscient collectif et les archétypes. À sa suite, le psychiatre italien Roberto Assagioli a fondé en 1926 la Psychosynthèse, pour laquelle la personnalité est constituée de sous-personnalités qui empêchent notre moi profond de s’exprimer. Plus près de nous, Hal et Sidra Stone, avec leur méthode du Dialogue intérieur, ont montré combien notre monde intérieur est peuplé de parties dont certaines restent dans l’ombre et demandent à être retrouvées et acceptées.

Le chaman disait cela à sa manière, depuis toujours : il identifiait ces parties sous la forme d’esprits animaux, et faisait appel à un allié pour rendre à la personne son équilibre.

Pourquoi un animal, justement ? Parce que l’animal offre un accès direct et sans ambiguïté à la qualité qu’il incarne. Évoquez une fourmi : sans chercher, vous avez accès à toute sa personnalité, l’organisation, l’endurance, la persévérance, le service d’un plus grand tout. Évoquez un lion : vous ne vous demanderez pas une seconde quelle est sa qualité principale. Aucune image humaine n’offre cette évidence, car on ne peut pas intégrer en soi l’image d’une autre personne sans créer d’interférence. L’animal, lui, est une image pure de la qualité, si forte symboliquement que nous n’avons aucun mal à nous y relier.

Une rencontre qui ne se commande pas

Je vous dois ici une confidence, pour la petite histoire. Mon animal totem est l’Ours. Et vous me croirez ou non : lorsqu’il s’est imposé à moi, je n’en voulais pas.

C’est que la rencontre avec son animal totem de personnalité n’est pas un choix de volonté ni de plaisir. Les choses s’imposent à nous, et c’est précisément ce qui en fait un travail de connaissance de soi. Une fois l’animal rencontré, on découvre vite ses qualités et ses défauts, qui sont un miroir des nôtres. Nous avons alors la possibilité de nous voir sous ses traits : avec nos forces, nos ressources, et aussi ce que nous n’avons pas encore accepté de nous-mêmes.

Et s’accepter est tout sauf simple. C’est même, je peux en témoigner après toutes ces années de cabinet, la base de mon travail de psychologue : toute notre évolution personnelle tourne autour de ce point clef. L’animal totem nous y invite d’une façon singulière, car il est plus aisé d’accueillir un animal, avec sa beauté et sa sauvagerie, que de s’accueillir soi-même directement. Il devient un intermédiaire, un enseignant intérieur. Ce que je n’arrivais pas à recevoir de moi, j’ai pu l’apprendre de l’Ours.

Cet enseignement va d’ailleurs bien au-delà de la connaissance de soi. Au fil des années, mon animal totem est devenu un véritable guide intérieur, qui m’a montré des techniques thérapeutiques parfois inattendues, comme la technique EX-LR (EXtraire, Libérer et Recevoir), que j’utilise dans l’accompagnement des traumatismes importants. J’en ferai une spécialisation de ma formation, et je lui consacrerai un prochain article.

Du voyage intérieur au terrain de sport

On pourrait croire cette démarche réservée aux personnes engagées dans une quête spirituelle. Il n’en est rien, et c’est l’une des choses qui me touchent le plus dans cette pratique : elle se prête aussi bien à une démarche profane qu’à une vision sacrée de la vie.

La preuve la plus parlante m’en a été donnée par les sportifs de haut niveau que j’ai accompagnés en préparation mentale. C’est auprès d’eux que la technique de l’Animal Totem Ressource a été éprouvée et s’est construite. Un sportif sait exactement de quelle aptitude il a besoin pour son objectif ; il n’y a pas plus exigeant, ni plus clair sur ses besoins. Lorsqu’il lui manque la puissance d’oser, c’est très souvent le Tigre ou le Lion qui se présente à son esprit. Et si l’objectif est précis, la réponse intérieure l’est aussi.

Cette expérience m’a montré quelque chose de précieux : nul besoin de croire à quoi que ce soit pour vivre cette rencontre. Il suffit d’être au clair sur ce que l’on cherche, et de laisser venir l’image qui incarne cette qualité. Le reste appartient à ce que la psychologie appelle l’imaginaire et les états modifiés de conscience, et à ce que le chaman appelle le Monde du Rêve. Deux langues pour une même réalité intérieure.

Une pratique éprouvée en préparation mentale

Le chemin qui s’ouvre ensuite

Il y a pourtant plus, pour qui veut aller plus loin. Car en partant de l’acceptation de notre animal totem, nous sommes invités à entrer en relation avec quelque chose de plus vaste que notre personnalité : les esprits de la Nature, comme disent les chamans, ou le grand corps du vivant, comme je le disais plus haut.

Dans cette connexion à la Terre, nous retrouvons nos origines : celles de notre histoire, celles de l’humanité, celles des autres règnes de la nature. Nous entrons dans une vision sacrée de la vie, où toute existence a sa place et son importance. Et c’est là, précisément, que la démarche psychologique s’ouvre sur le chemin spirituel : non pas en quittant le travail sur soi, mais en le prolongeant vers plus grand que soi.

« Pour comprendre la valeur de la Terre et de tous ses êtres vivants sacrés, il faut faire d’abord un travail sur soi-même. Commencer à équilibrer son for intérieur. La richesse spirituelle est la réponse. »

Ernie LaPointe, arrière-petit-fils du chef Lakota Sitting Bull

Ces mots disent l’essentiel : le travail sur soi et le chemin spirituel ne sont pas deux voies parallèles, mais un seul et même mouvement. L’animal totem en est l’un des plus anciens passages.

Les Lakota ont une parole pour cela : « Mitakuye Oyasin », qui signifie « à tous les miens, à tous mes frères ». Cette prière exprime le fait que nous sommes tous reliés, que nous appartenons tous à la même famille du vivant. La rencontre avec l’animal totem est une façon très concrète d’en faire l’expérience.

Ce que cette démarche demande, et sa limite

Je vous dois enfin la même honnêteté que celle que je réserve aux personnes que j’accompagne.

Cette pratique demande deux choses. De la clarté d’abord : savoir ce que vous cherchez, nommer la qualité qui vous manque si c’est la voie de la ressource que vous choisissez. De la régularité ensuite : une rencontre intérieure ne transforme une vie que si on la cultive, comme toute relation. Rien ici ne relève du miracle ; tout relève du chemin.

Et il existe une limite, qui ne tient pas à la méthode mais au vécu de chacun. Lorsqu’une histoire a été traversée par un psychotraumatisme, il arrive que la psyché, pour se protéger, se coupe des émotions et des sensations. Dans ce cas, cette pratique peut rester sans effet, et ce n’est la faute de personne : c’est le signe qu’un travail spécifique d’accompagnement du traumatisme est nécessaire au préalable, avec un praticien formé à ces prises en charge. J’ai décrit dans un autre article comment le corps garde la mémoire des émotions et comment un accompagnement peut aider à les libérer . Et bien entendu, rien de ce qui est proposé ici ne se substitue à un suivi médical ou psychologique en cours.

Une porte à ouvrir

Reste la question du départ : comment trouver son animal totem ? Vous l’avez compris, il ne s’agit pas de répondre à un questionnaire, mais de vivre une rencontre. Elle passe par l’intuition, cette écoute intérieure dont j’ai parlé ailleurs , et par la disponibilité à accueillir ce qui se présente, même si ce n’est pas ce que l’on attendait. L’Ours me l’a appris le premier.

En plus de vingt ans de pratique et de transmission, je n’ai jamais rencontré de technique aussi directe pour intégrer une qualité qui nous manque. C’est pourquoi, pour celles et ceux qui souhaitent vivre cette expérience, j’ai réuni la méthode complète de l’Animal Totem Ressource dans un ebook que je vous offre : définir ce que vous voulez changer, identifier la qualité qui vous manque, rencontrer l’animal qui l’incarne, puis ancrer cette qualité en vous, pas à pas. Tout y est transmis, sans rien garder sous le coude, y compris les conditions concrètes de la pratique et ses limites.

Recevoir l’ebook offert « L’Animal Totem Ressource »

Je n’ai plus qu’à vous souhaiter une belle exploration dans le Monde du Rêve, vers la rencontre de votre animal totem. Et qui sait ce qu’il viendra vous enseigner, celui-là que vous n’attendiez peut-être pas ?

Mitakuye Oyasin.

Patrice


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