Peut-on vraiment se libérer d’une phobie ?

Comprendre une phobie et s'en libérer : la main posée sur le thorax en séance

Deux questions reviennent dans mon cabinet, presque toujours dans le même ordre. La première : « Peut-on vraiment se libérer d’une phobie, ou seulement apprendre à vivre avec ? » Et la seconde, quand je réponds que la libération est possible : « Vous êtes sûr ? » Je comprends ce doute. Quand on vit depuis des années avec une peur qui déborde tout, l’idée d’une vie sans elle ressemble à un mirage. Alors prenons le temps de regarder ce qui se joue vraiment derrière une phobie : ce qu’elle est, ce qu’elle cache, ce que les grandes approches thérapeutiques en font, et ce que le corps, si longtemps tenu à l’écart, vient changer. Comprendre ces principes, c’est déjà commencer à choisir votre chemin. La pratique elle-même, je la décris pas à pas dans cet article dédié ICI.

Une peur qui ne se raisonne pas

On donne aux phobies des noms savants : agoraphobie, claustrophobie, amaxophobie pour la peur de conduire. Cette collection de termes pourrait laisser croire à autant de maladies différentes. En réalité, toutes les phobies reposent sur le même socle : la peur. Et le fondement de la peur, ce sont nos émotions.

Une phobie, c’est un débordement d’émotions de peur qui envahit la personne, au point qu’elle perd le contrôle d’elle-même et se retrouve sous l’influence de ce qui la traverse. Ce qui la distingue d’une peur ordinaire, c’est l’intensité. Vous pouvez savoir, en toute lucidité, que cette araignée est inoffensive : au moment où la peur vous saisit, ce savoir ne pèse plus rien. Il n’y a rien de raisonnable dans la réaction phobique, et c’est précisément pour cela qu’on ne s’en libère pas par le raisonnement.

D’où vient une telle intensité ? J’aime utiliser l’image de l’empreinte. Lorsque nous marchons sur du sable humide, nos pas laissent des traces, et plus nous sommes lourds, plus elles sont profondes. Nos émotions font de même : plus une émotion a été forte, plus son empreinte marque le corps et le psychisme. La phobie est une de ces empreintes, gravée profond, qui se réactive chaque fois que la vie repasse au même endroit, avec ses images et ses sensations qui se réveillent ensemble.

Il n’y a pas de fumée sans feu

Si des émotions qui devraient rester anodines se comportent en nous comme des dragons qui nous dévorent de l’intérieur, c’est qu’il y a une raison. Derrière la phobie se cachent, enfouis dans les profondeurs de notre inconscient, des souvenirs oubliés ou déguisés sous d’autres formes. La peur visible n’est que la partie émergée d’une histoire plus ancienne.

C’est une clef essentielle, et elle porte une bonne nouvelle : l’origine du problème est aussi la source de sa résolution. Ce qui a été inscrit peut être rejoint, et ce qui peut être rejoint peut se libérer. La phobie cesse alors d’être une énigme ou une honte : elle devient un message qui attend d’être entendu.

Ce que chaque grande approche éclaire

Face à ce message, chaque grande famille de thérapies a développé sa propre écoute, et chacune éclaire une dimension du problème.

La psychanalyse entend la phobie comme un symptôme : elle parle d’autre chose que d’elle-même. La peur projetée sur l’araignée, l’avion ou la foule appartient à un ensemble plus vaste : toute une histoire psychique. Ce que cette approche apporte, c’est la dimension du sens : la phobie n’est pas un accident, elle s’inscrit dans une vie.

Les thérapies cognitivo-comportementales prennent le chemin inverse : elles partent du symptôme pour le transformer. Par une exposition progressive, la personne se familiarise pas à pas avec ce qui déclenchait la peur, jusqu’à ce que la réaction s’atténue : c’est le principe de la désensibilisation, comparable à celle d’une allergie. Son apport, c’est le concret : des étapes, une progression dans la vie quotidienne.

Une troisième famille rassemble l’hypnose, la sophrologie, la PNL, l’EMDR, l’EFT et leurs nombreuses variantes. Sous des habillages différents, toutes reposent sur la même clef : se focaliser sur notre état intérieur pour changer notre regard sur les choses, et ainsi changer la réalité que nous vivons. Ce que cette famille apporte, c’est le levier de l’état de conscience : la peur ne se discute pas, elle se traverse autrement.

Le sens, le comportement, l’état intérieur : trois portes d’entrée sur le même mystère. Et pourtant, aucune méthode ne produit les mêmes effets chez tout le monde. Cette différence n’est pas un défaut des techniques, et j’y reviendrai : sa raison n’est pas technique, elle est intérieure.

La plus ancienne des clefs : le rêve

Ce que la troisième famille a redécouvert, personne ne l’a inventé. La désensibilisation, au fond, n’est rien d’autre qu’une déconnexion d’avec la charge émotionnelle vécue et le passage à un autre état d’être, un état modifié de conscience. Les gardiens des médecines traditionnelles, les chamans en tête, le pratiquaient depuis la nuit des temps. Si cette capacité traverse toutes les cultures, c’est qu’elle fait partie de nous.

Vous la connaissez intimement : c’est notre capacité à rêver. Rêver, c’est changer de réalité de conscience. Dans nos rêves, soit nous réussissons enfin ce qui nous échappait dans la journée, soit nous nous retrouvons face à l’impasse : c’est le cauchemar, une traversée inachevée qui hante nos nuits tant qu’elle n’a pas trouvé d’issue. Tout travail intérieur tient dans ce mouvement : permettre à ce qui tournait en rond de trouver enfin un passage.

Ce que le corps vient changer

Il reste pourtant une dimension que les approches contemporaines commencent à peine à réintégrer, et que les traditions n’avaient jamais oubliée : le corps. Le psychiatre Bessel van der Kolk l’a montré dans un livre dont le titre dit tout, Le corps n’oublie rien (Albin Michel, 2018) : les expériences qui nous ont débordés s’inscrivent dans le corps autant que dans la mémoire. La médecine traditionnelle chinoise, que j’étudie et pratique, l’enseigne à sa manière depuis des siècles en reliant chaque organe à une famille d’émotions.

Ma pratique s’est construite à cette croisée. Psychologue clinicien, je me suis formé à la thérapie manuelle d’inspiration ostéopathique, et mes séances sont devenues autre chose que l’une ou l’autre de ces disciplines, guidées par l’intuition qui s’exprime au travers du corps. De cette rencontre est née la PsychOstéo Thérapie et ses MOCLÉ, les Mouvements Ostéo-Corporels de Libération Émotionnelle.

La particularité de cette approche tient en peu de mots : le corps n’y est pas seulement parlé, il est agi, directement, dans son propre langage. Le contact corporel permet de conduire la libération des émotions et des sensations à travers le corps, et hors du corps. Il permet aussi de contourner le mental, ce commentateur infatigable qui juge, critique et doute. Nos croyances négatives sont le fruit d’un formatage ancien ; le mental étant lui-même issu de ce formatage, aucune compréhension intellectuelle ne peut, à elle seule, défaire ce qui l’a façonnée. Le corps, lui, n’argumente pas.

Une séance, et ce que le corps répond

Je repense à un homme d’une quarantaine d’années, venu me voir avec une envie sincère de changer de vie. Il se sentait enfermé dans des schémas qu’il ne connaissait que trop bien, hérités de nombreux interdits familiaux. Son corps disait la même chose que ses mots : épaules repliées, cage thoracique comprimée, tout le buste enroulé sur lui-même, le signe d’un repli, d’une soumission face à la vie, ce qu’il me confirma par la suite.

Je pose alors ma main sur son thorax et j’imprime une pression. Ce geste n’ajoute pas un poids : il rend sensible celui qui est déjà là, et il pose au corps une question muette : êtes-vous prêt à lâcher ce poids, à vous en libérer ? Le mental ne peut pas intercepter ce langage, et c’est ce qui fait sa valeur. Le corps répond sans détour : s’il résiste, s’il se tend pour repousser la main, la réponse intérieure est non, quels que soient les mots prononcés. S’il accueille, le chemin est ouvert.

Ce jour-là, son corps a consenti. La pression rythmée a entraîné la respiration et appelé l’expiration. Souffler, c’est le symbole même de l’expression : à chaque expiration s’évacue un peu de ce qui tournait en rond à l’intérieur. Il est reparti en ressentant à nouveau sa propre capacité à respirer, avec un souffle nouveau et des envies de vivre qu’il ne ressentait plus, non pas seulement dans son esprit, mais dans tout son corps.

Chaque histoire a pourtant son rythme. Certaines traversées se dénouent en peu de séances, d’autres demandent davantage de temps et d’étapes. Ce qui fait la différence n’est pas la vitesse : c’est le consentement intérieur.

L’acceptation, socle de toute libération

Voici la règle que ma pratique m’a le plus sûrement enseignée : il y a une différence entre vouloir un changement et être prêt à le recevoir. Celui qui veut se défaire d’une habitude sans rien changer de ce qui l’a rendue nécessaire ne fait que déplacer le problème, comme ce fumeur qui arrête le tabac et découvre une faim qui ne le quitte plus. Sans acceptation de ce que l’on vit, rien ne se transforme.

Et nul ne peut accepter à la place d’un autre. Même lorsqu’un thérapeute perçoit ce qui serait juste, il ne peut pas en décider : c’est le fondement même de son éthique, et c’est une loi de la Vie. Chacun est libre de choisir ce qu’il veut vivre. Personne, quelle que soit la technique employée, ne se substituera à notre Être intérieur pour choisir ce que nous désirons vraiment : notre véritable libre arbitre est là.

La difficulté, vous la pressentez : ce que nous voulons consciemment n’est pas nécessairement ce que nous avons décidé en notre for intérieur. Pour l’homme dont je viens de parler, la soumission qui lui gâchait la vie était aussi une fidélité : la peur de ne pas être aimé, forgée dès les premiers jours dans la relation à ses parents. C’est le principe de la loyauté, à la base de notre construction. Alors la question mérite d’être posée à chacun de nous : quel engagement avons-nous pris par loyauté, et envers qui ?

C’est ici que s’éclaire le mystère laissé en suspens : pourquoi aucune méthode n’agit de la même façon pour chacun. Parce que c’est nous qui décidons, au plus profond, de mettre au jour ce qui est enfoui ou de le déplacer ailleurs. S’il existait une recette universelle, il y a longtemps que tous les thérapeutes l’auraient adoptée.

Alors, définitivement ?

Reste le mot qui fâche : peut-on s’en libérer définitivement ? Je me méfie des promesses absolues : sur ces sujets, on ne promet pas, on décrit le chemin. Voici donc ce que ma pratique m’a montré. Quand la cause est rejointe, quand la personne consent à la regarder, la libération est réelle : la peur perd la racine qui la réamorçait. Ce que cela demande est à la mesure de l’enjeu : de la clarté sur ce que l’on fuit, un consentement intérieur, parfois du temps.

Une vieille histoire raconte que Dieu, cherchant où cacher le secret de la vie, ne trouva pas de meilleur endroit que le cœur de l’homme : il savait que l’homme chercherait partout, sauf en lui. La réponse à votre peur ne fait pas exception. Elle ne se trouve ni dans un nom savant, ni dans une technique de plus : elle vous attend au-dedans.

Les limites, et quand se faire accompagner

Je vous dois aussi l’autre versant. Une phobie bien circonscrite peut se dénouer par ce travail. Mais certaines peurs plongent leurs racines dans une histoire plus profonde, parfois traumatique, et il serait faux de laisser croire que tout se joue seul. Si votre peur résiste, si les émotions restent envahissantes, si votre situation vous paraît inextricable, ne restez pas seul : c’est le signe qu’un accompagnement est nécessaire. Et rien de ce que je décris ici ne remplace un suivi médical ou psychologique en cours : cela peut s’y ajouter, jamais s’y substituer. Demander de l’aide n’est pas un échec, c’est la suite du chemin.

Une porte, pas une fatalité

Une phobie n’est pas une fatalité. C’est une empreinte qui attend d’être visitée, un message qui attend d’être entendu, une porte. Si vous souhaitez passer de la compréhension à l’expérience, la pratique est décrite pas à pas dans l’article dédié ICI.

Et si cette peur, qui vous a tant coûté, était aussi ce qui vous appelle à vous rencontrer ?

Si vous souhaitez être accompagné dans ce travail, vous pouvez me contacter, quand ce sera le moment pour vous.


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