Comment se libérer d’une phobie, pratique pas à pas

Pratique corporelle pour se libérer d’une phobie, mains sur le diaphragme

Une phobie ne se raisonne pas. Vous pouvez savoir, en toute lucidité, que cette araignée est inoffensive ou que cet avion est sûr : au moment où la peur vous saisit, le savoir ne pèse plus rien. Pourquoi ? Parce qu’une phobie ne loge pas dans le mental. Elle vit dans le corps. Et c’est donc par le corps qu’on peut la rejoindre.

Je vous décris ici, pas à pas, une pratique que j’utilise moi-même en séance. Elle est issue de la PsychOstéo Thérapie et de ses MOCLÉ, les Mouvements Ostéo-Corporels de Libération Émotionnelle, dont j’ai présenté l’approche dans un article dédié ICI. Vous pouvez l’essayer par vous-même, à une condition : respecter ce qu’elle demande.

Ce que cette pratique demande

Avant tout geste, posez-vous quatre questions.

Avez-vous identifié clairement ce qui vous fait peur ?

En voyez-vous une image mentale précise ?

Cette image réveille-t-elle une émotion ?

Et cette émotion résonne-t-elle quelque part dans votre corps ?

Ces quatre appuis (un problème identifié, une image, une émotion, une sensation corporelle) sont le socle de la pratique. S’il en manque un, prenez d’abord le temps de le retrouver : sans eux, les gestes que je vais vous décrire tournent à vide.

Ces éléments ne sont d’ailleurs pas propres à ma méthode. Ce sont des invariants que l’on retrouve, sous des formes différentes, dans toutes les approches sérieuses de transformation intérieure. Les méthodes sont innombrables ; les principes, eux, sont en petit nombre. Ce qui fait qu’une pratique porte, ce n’est pas son habillage : c’est sa fidélité à ces principes, qui correspondent aux lois du vivant. C’est le sens de mes articles : vous donner accès aux principes, pour que vous puissiez ensuite trouver les formes qui vous conviennent.

Pourquoi passer par le corps

Nos émotions ont un siège corporel. Vous le savez d’expérience : la gorge qui se serre, l’estomac qui se noue, le souffle qui se bloque. La zone du diaphragme et du plexus solaire est une porte d’entrée directe vers ce réservoir émotionnel, logé au plus profond du corps, jusque dans les organes. La médecine traditionnelle chinoise, que j’étudie et pratique depuis des années, relie d’ailleurs chaque organe à une famille d’émotions.

Passer par cette porte présente un avantage décisif : le mental analytique, celui qui commente, contrôle et se défend, ne peut pas tout surveiller à la fois. Pendant que votre attention est occupée par le geste et la respiration, il lâche prise, et ce qui était retenu peut enfin remonter. C’est ce qui rend cette pratique précieuse : elle ouvre une porte que la volonté seule ne sait pas ouvrir.

La pratique, pas à pas

Première étape : le geste. Posez une main sur votre diaphragme et l’autre sur votre estomac, juste en dessous, et créez un mouvement d’alternance entre les deux : une pression sur le diaphragme, puis une pression sur le ventre. La pression est vive, sèche et franche, jamais douce, comme si vous cherchiez à déloger quelque chose de sa poche pour le faire remonter vers la sortie. Une légère nausée peut apparaître : c’est le signe que quelque chose se mobilise, et c’est bien ce que l’on cherche. En variante, vous pouvez laisser une main posée sur le ventre et exercer des pressions plus ou moins soutenues.

Deuxième étape : l’image. Prenez le temps de vous replonger dans la situation qui vous pose problème. Représentez-vous mentalement votre phobie, avec une vision claire de ce qui déclenche la peur.

Troisième étape : l’émotion. En restant relié à cette image, laissez venir les émotions et les sensations qui lui sont associées. Faites de votre mieux pour ressentir ce que vous vivez habituellement face à elle.

Quatrième étape : l’ensemble. En gardant, en même temps, l’image, l’émotion et la sensation, commencez les mouvements de la première étape. C’est cette simultanéité qui fait la pratique : le geste seul ne suffit pas, l’image seule non plus.

L’attitude de l’observateur

À ce moment précis, vous n’avez plus qu’une seule chose à faire : observer ce qui se passe, sans chercher à voir ni à comprendre quoi que ce soit.

Cette attitude de l’observateur n’est pas un détail. C’est une position que l’on retrouve au cœur des grandes pratiques orientales, du yoga à la méditation. Elle seule permet de voir clairement les choses. Et comment transformer quelque chose que l’on ne voit pas ?

Notez intérieurement ce qui apparaît, une impression, une sensation, une image, puis renouvelez les mouvements. Deux chemins sont alors possibles. Soit les choses se déposent progressivement et les sensations de la phobie s’apaisent. Soit les émotions se renforcent d’abord : ne vous en alarmez pas, c’est une étape connue du processus ; poursuivez avec confiance : c’est le plus souvent ainsi que le mouvement s’inverse, avant de se déposer.

Et si rien ne vient ? Rien ne vient, et ce n’est pas un échec. En réalité, on n’attend rien de précis. Plus vous attendez un résultat déterminé, plus votre mental se fixe sur cette attente, et plus le processus intérieur se fige. On observe, c’est tout.

Quand s’arrêter

Vous vous arrêtez lorsque vous vous sentez mieux. Pas de durée imposée, pas de nombre de répétitions à atteindre.

Ce que ma pratique m’a montré, et je le dis comme une conviction autant que comme une observation de clinicien, c’est que le processus intérieur, quand on cesse de l’entraver, tend vers l’apaisement. Le vivant cherche la vie. C’est pour moi une vision humaine et sacrée de l’existence, et c’est elle qui fonde la confiance que je vous invite à accorder à ce qui se passe en vous.

Carl Rogers, dont la filiation humaniste a façonné ma pratique, l’écrivait ainsi :

« C’est au moment où je m’accepte tel que je suis que je deviens capable de changer. » Carl Rogers, Le Développement de la personne (Dunod ; éd. originale On Becoming a Person, 1961)

S’arrêter quand on se sent mieux, ce n’est pas abandonner le travail : c’est faire confiance à ce qui, en vous, sait continuer.

Les limites de cette pratique

Je vous dois aussi l’autre versant. Une phobie bien circonscrite peut s’apaiser par ce travail. Mais certaines peurs plongent leurs racines dans une histoire plus profonde, parfois traumatique, et la pratique en solitaire y rencontre sa limite. Si votre peur résiste, si les émotions restent envahissantes au lieu de se déposer, ou si votre situation vous paraît complexe et inextricable, ne restez pas seul : c’est le signe qu’un accompagnement est nécessaire.

Cette pratique ne remplace jamais un suivi médical ou psychologique en cours. Elle peut s’y ajouter, elle ne s’y substitue pas. Demander de l’aide n’est pas un échec : c’est la suite du chemin.

Ce que votre peur attend de vous

Une phobie n’est pas une fatalité. Elle est une émotion restée bloquée dans le corps, qui attend depuis longtemps qu’on lui ouvre la porte. Qu’attend-elle de vous, au fond, depuis tout ce temps ? Peut-être simplement d’être enfin regardée.

Si vous souhaitez être accompagné dans ce travail, vous pouvez me contacter, quand ce sera le moment pour vous. 


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