Est-il possible d’utiliser le corps comme un véritable outil en psychologie ? Pendant longtemps, la réponse tenait dans une frontière : le corps aux médecins et aux praticiens du geste, la psyché aux psychologues. J’ai passé vingt-cinq ans à constater que cette frontière ne tient pas. Nous ne vivons pas dans un corps d’un côté et un esprit de l’autre : nous formons un seul système vivant, où chaque émotion laisse une trace physique et où chaque tension du corps raconte une histoire. La PsychOstéo Thérapie est née de ce constat, et avec elle ses MOCLÉ, les Mouvements Ostéo-Corporels de Libération Émotionnelle.
Le corps se souvient de ce que la parole ne dit pas encore
Chaque situation que nous traversons laisse une empreinte. Notre mental, lui, n’en retient qu’une interprétation : un souvenir déjà mis en récit, filtré, arrangé. Le corps, à l’inverse, garde l’impact brut, les sensations, l’ambiance, parfois jusqu’à la lumière du lieu. Certains auteurs ont parlé de mémoire du corps pour décrire cette fidélité.
Cette mémoire devient particulièrement visible dans le champ du psychotraumatisme, celui où j’ai été formé et où j’ai longtemps exercé. Face à un choc trop violent, la personne se coupe de ses sensations pour ne pas être submergée : c’est la dissociation. Le souvenir peut alors se voiler, parfois disparaître de la conscience. Et c’est là que la parole seule rencontre sa limite : comment accompagner quelqu’un vers un vécu dont il est coupé, ou dont il ne se souvient plus ?
Deux mondes qui s’ignorent
Pourquoi, à l’heure où tout se croise, ne trouve-t-on presque pas de pratique entre le geste corporel et la psychologie ? C’est une question de territoires. Les praticiens du corps restent dans la structure physiologique, les psychologues dans le champ psychique, et chacun s’adresse l’autre en cas de besoin sans jamais rejoindre les deux dans un même geste. J’ai rencontré un psychiatre lui-même formé à la thérapie manuelle qui n’imaginait pas pouvoir faire les deux en même temps : cela lui paraissait presque inconcevable. Ce n’est pourtant pas une affaire de cumuler deux formations, mais de changer de regard.
Là où la parole seule s’arrête
Dans le traitement du trauma, deux approches font référence et ont montré leur solidité : les thérapies cognitivo-comportementales et l’EMDR, dont je suis moi-même praticien. L’EMDR travaille par stimulations bilatérales et permet de retraiter des souvenirs douloureux avec une efficacité reconnue. Mais il existe des situations où le souvenir manque, où la coupure entre le corps et l’émotion est telle que rien ne vient : le mental verrouille, et le processus s’arrête. C’est précisément dans ces impasses que le travail par le corps ouvre une autre porte.
Les MOCLÉ : rejoindre le corps et l’émotion dans un même geste
La PsychOstéo Thérapie propose de ne plus séparer les deux temps. Par un contact précis, on vient toucher, à travers le corps, les émotions et les mémoires retenues dans les tissus ; puis un autre contact accompagne la personne pendant que ce qui remonte se transforme. Ces mouvements portent un nom, les MOCLÉ. Leur particularité n’est pas seulement de faire remonter une émotion enfouie : c’est de contourner les résistances du mental. Le corps ne cherche pas à contrôler, à raisonner, à se protéger par le récit ; il montre, simplement. Une fois le barrage levé, l’histoire qui remonte peut être accueillie et retravaillée aussitôt par les outils de la psychothérapie.
Je précise une chose importante : je suis psychologue clinicien et praticien en thérapie manuelle d’inspiration ostéopathique. Le geste n’est jamais un acte médical ; c’est une porte d’accès au vécu, mise au service de l’accompagnement psychologique.

Une séance qui a tout ouvert
Je me souviens d’un homme d’une quarantaine d’années, rencontré lorsque je travaillais en clinique. Il souffrait de douleurs chroniques à la poitrine que les examens n’expliquaient pas. Séance après séance, malgré la technique, rien ne cédait, jusqu’au moment où j’ai eu l’intuition nette de me placer derrière lui et d’exercer une pression dans son dos. En un instant, tout est remonté : un souvenir d’enfance, autour de sept ou huit ans, où son père l’avait plongé sans ménagement dans l’eau pour récupérer un objet tombé. Il avait cru sa vie menacée, et il en avait effacé le souvenir, par fidélité à ce père.
Les douleurs ont cédé presque aussitôt. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et c’est justement ce qui compte.
Faire remonter n’est pas libérer
Il serait malhonnête de laisser croire qu’une émotion qui ressurgit est une émotion réglée. C’est l’inverse : ce qui remonte devient ce qu’il reste à accompagner. Cet homme a vu ses symptômes réapparaître quelques mois plus tard, faute d’avoir poursuivi le travail sur le lien à son père. Je l’ai appris par le service qui l’avait accueilli de nouveau. La cause n’avait pas été traitée en profondeur, et le corps a rappelé ce que l’on n’avait pas écouté.
J’en tire une règle que je pose clairement : la PsychOstéo Thérapie ouvre une porte, elle ne dispense pas du chemin. Elle ne remplace jamais un suivi médical ou psychologique en cours, et elle demande, pour tenir dans le temps, un véritable travail d’accompagnement. C’est une exigence, pas une réserve : c’est ce qui sépare une libération durable d’un soulagement passager.
Du corps vers l’ouverture
Il y a, presque à chaque fois qu’un blocage se dénoue, un même mouvement : quelque chose de vivant revient. La personne retrouve des possibilités qu’elle ne voyait plus, comme si, derrière le problème, une ressource attendait. Chez ceux qui portent une vie intérieure, cela prend le visage d’une ouverture plus large ; chez d’autres, c’est plus sobrement la découverte que l’on peut habiter sa vie autrement. Je le dis comme je l’observe, sans rien promettre : le corps, lorsqu’on lui rend la parole, est un guide d’une fiabilité rare, parce qu’il ne ment pas.
Comment avons-nous pu, si longtemps, laisser le corps de côté dans l’accompagnement ? La question reste ouverte, et c’est peut-être une porte à franchir ensemble.
Si cette approche vous appelle en tant que professionnel de la relation d’aide, vous pouvez découvrir la formation à la PsychOstéo Thérapie quand ce sera le moment pour vous.



