Peut-on sortir de la dépression ? Oui. Je mesure le poids de cette réponse, et je la donne en clinicien : des méthodes existent, qui permettent d’en sortir. Je les ai étudiées, pratiquées et comparées tout au long de mon parcours. Et celle que je vais vous transmettre ici est, à mon sens, la plus directe que je connaisse : elle passe par le corps, elle ne demande que vos mains et votre souffle, et j’ai vu, des années durant, des états intérieurs se transformer sous son contact. Je ne vous promets rien : je vous montre un chemin, et je vous dis pourquoi j’y crois.
Ce que j’ai vu chez des sportifs de haut niveau
C’est difficile d’être inscrit sur les listes de haut niveau et de découvrir qu’il vous manque l’essentiel : la force d’affronter l’obstacle. Dans mon activité de préparation mentale auprès de sportifs, j’ai rencontré des athlètes qui baissaient les bras sans même s’en rendre compte. Leur corps le disait avant eux : épaules repliées, regard éteint, souffle court, l’allure de qui porte trop.
Je leur ai proposé la pratique que je vais vous décrire, et je les ai invités à se retrouver face à eux-mêmes, à se tester. Ce que j’ai observé ensuite m’a durablement marqué : la tête qui se relève, le torse qui s’ouvre, le regard qui redevient vif, et cette force retrouvée d’aller au contact de la difficulté. Leur état intérieur avait changé, et leur posture en témoignait avant tout discours.
Je ne vous raconte pas cela pour vous éblouir. Je vous le raconte parce que c’est là que j’ai vérifié, une fois de plus, que le corps n’est pas le décor de notre vie intérieure : il en est la scène même.
Pourquoi passer par le corps
Je suis psychologue clinicien et praticien en thérapie manuelle d’inspiration ostéopathique. Pendant des années, les personnes qui poussaient la porte de mon cabinet venaient consulter tantôt l’un, tantôt l’autre. Et des deux côtés de cette porte, je faisais le même constat : beaucoup arrivaient submergées par des émotions restées bloquées dans le corps, sous la forme de douleurs et de tensions bien réelles.
Mon chemin de clinicien m’a fait traverser plusieurs méthodes de libération émotionnelle, dont l’EMDR, à laquelle j’ai été formé par l’institut fondé par David Servan-Schreiber lorsque cette technique arrivait en France. Chacune a sa valeur, et je continue de m’appuyer sur ce qu’elles m’ont appris. Mais si je vous confie que le passage direct par le corps est la voie la plus directe que je connaisse, c’est en connaissance de cause. Le mental commente, contrôle, se défend ; il peut tourner des années autour d’une souffrance sans la toucher. Le corps, lui, ne triche pas. Passer par lui, c’est rejoindre l’émotion là où elle habite, et non là où elle se raconte. Et c’est ce qui explique, à mes yeux, la vitesse avec laquelle un état peut se transformer quand on frappe à la bonne porte.
Un mot d’honnêteté, avant d’aller plus loin
La dépression n’est pas une simple baisse de moral. C’est un état qui touche tout à la fois : le sommeil, l’élan, la pensée, le corps, le goût des autres. Quand elle s’est installée, elle relève d’un accompagnement médical ou psychologique, et rien de ce que je vais vous décrire ne s’y substitue. Si vous êtes suivi, gardez ce lien précieux. Si des pensées sombres vous traversent, ne restez pas seul avec elles : parlez-en sans attendre à un professionnel ou à un proche.
Voilà qui est dit, et qui devait l’être : l’enthousiasme que je vais vous partager mérite cette clarté pour socle. Maintenant, laissez-moi vous montrer ce que cette pratique sait faire.
Ce que le corps garde quand on n’a pas pu le dire
Souvenez-vous. « Tu ne dois pas pleurer pour rien. » « Ne raconte pas d’histoires. » « Tais-toi. » Enfant, nous avons tous entendu, sous une forme ou une autre, l’injonction de garder pour nous ce qui demandait à sortir.
Il n’y a là aucun procès à faire à nos parents. La relation qui protège l’enfant est aussi une relation d’autorité : pour que la protection existe, il faut que l’un guide et que l’autre suive, et cette asymétrie est une condition de survie. Mais elle a une conséquence silencieuse : nous apprenons très tôt qu’il est plus sûr de retenir que d’exprimer, et que l’obéissance est le prix de l’amour et de la sécurité. De tout accepter sans se rebeller, cela dérange moins ; c’est même socialement valorisé. Alors pourquoi déranger, au risque d’être mal vu, voire rejeté ?
Or, face à tout ce qui nous traverse d’important, notre instinct pousse au partage. Rappelez-vous une très bonne nouvelle, ou le temps où vous étiez amoureux : que demandait votre élan, sinon de le crier sur tous les toits ? Cela est naturel, normal et sain. Quand cet élan est barré, année après année, les couches de silence s’empilent et finissent par former de véritables murs. Des murs qui isolent, et qui laissent ce sentiment si répandu de ne pas être entendu, de ne pas être compris. Vous êtes-vous déjà demandé d’où venait ce sentiment ? Le voilà, l’un de ses berceaux.
Les formes du silence dans le corps
Et le corps, lui, garde tout. Il conserve nos émotions non exprimées sous des formes que je rencontre chaque jour en séance : des tensions nerveuses qui entretiennent un état d’alerte permanent ; des contractions musculaires, vous connaissez le « j’en ai plein le dos » ; des blocages qui coincent et qui figent. La médecine traditionnelle chinoise, que j’étudie et pratique depuis des années, décrit finement comment les émotions retenues perturbent les grandes fonctions du corps, organe par organe.
Il y a plus troublant encore. Bessel van der Kolk, dans Le corps n’oublie rien (Albin Michel, 2018), rapporte comment la grande enquête américaine sur les expériences difficiles de l’enfance est née, précisément, d’un programme consacré à l’obésité : derrière le poids qui protège comme une épaisseur supplémentaire, on trouvait des histoires que personne n’avait écoutées. N’est-ce pas vertigineux de penser que ce que nous n’avons pas réussi à faire, c’est-à-dire nous exprimer, notre corps va le faire par ses propres moyens ? La langue des oiseaux le murmure à sa façon : la maladie, c’est le « mal a dit ». Ce qui n’a pas trouvé de mots finit par se dire autrement. N’est-il pas temps d’offrir à ce qui est retenu une autre voie de sortie ?
La pratique que j’aime transmettre
Cette pratique est issue de la PsychOstéo Thérapie et de ses MOCLÉ, les Mouvements Ostéo-Corporels de Libération Émotionnelle, l’approche entre psychologie et thérapie manuelle que j’enseigne et que je présenterai dans un article dédié. Elle ne coûte rien, ne demande aucun matériel, et vous pouvez vous l’offrir à vous-même, à tout moment : voilà pourquoi je l’aime tant, et pourquoi je la transmets aux professionnels que je forme, qui me confirment à leur tour ce qu’ils en observent. Elle mobilise trois choses : le contact, le rythme, le souffle et le son qui le porte. Le seul matériel nécessaire : vos mains, ou même une seule.
Le geste
Posez la paume de votre main au centre de la poitrine, sur le sternum, entre les clavicules et la poitrine, à la hauteur du thymus. La main entière, et non le bout des doigts : c’est un point auquel je tiens. Le contact de la paume déborde la seule zone du thymus ; il couvre une partie des poumons et vient solliciter ce qui nous intéresse au premier chef, votre capacité à souffler.
Une fois la main posée, tapotez le sternum avec le plat de la main, paume et doigts ensemble, et, dans le même temps, prenez de grandes expirations sonores. Mieux : faites des vocalises. Peu importent les sons. Laissez sortir ce qui vient de la gorge, et si la voix monte, laissez-la monter.
Si cela vous fait tousser, accueillez cette toux : c’est le signe que quelque chose se presse à la porte. Si des émotions fortes remontent, des larmes, de la colère, laissez-les passer. Elles ne font que sortir, enfin.
Et soufflez. Plus vous soufflez, plus vous vous exprimez. Plus vous vous exprimez, plus votre corps comprend qu’il a le droit de lâcher ce qu’il retenait. Si l’état intérieur résiste, augmentez un peu la force de la percussion et alternez les côtés, de part et d’autre du sternum : l’expiration s’approfondit, et l’expression avec elle.
Le thymus, une zone qui parle
Un mot sur cette zone, pour ceux qui aiment comprendre. Le thymus est connu de la médecine comme un organe clé de l’immunité ; il régresse après la puberté, mais des îlots de tissu fonctionnel y demeurent toute la vie. Galien, le grand médecin grec du deuxième siècle, avait déjà décrit sa décroissance avec l’âge. Ce qui me touche, c’est son nom. Thymus vient du grec thymos, un mot qui désignait le souffle, l’élan et la passion, et que les Grecs plaçaient au cœur comme le siège de l’âme. La langue a gardé la mémoire de ce lien : la thymie, en psychologie, désigne aujourd’hui encore notre humeur. Que cette étymologie vous parle ou non, le geste, lui, reste juste : c’est la région du souffle et de la voix, celle par où l’expression retenue peut retrouver son chemin.
La variante plus profonde
Si, malgré le souffle et les sons, quelque chose reste noué, descendez d’un étage. Posez votre main sur le diaphragme, à cheval sur l’estomac, et exercez des pressions par saccades, comme pour déloger ce qui encombre ; ou bien créez avec les doigts de petits mouvements de vague, plus ou moins soutenus. Une légère nausée peut apparaître : elle signale que des émotions bloquent la respiration à cet endroit, et que le travail se fait.
Et si, après tout cela, le nœud persiste ? Alors ce n’est pas un échec, c’est une information : un blocage plus profond demande une attention accompagnée. Ne restez pas seul face à lui. C’est précisément le travail que je mène en séance, et c’est le signe qu’il est temps de vous faire aider.
Ce qui peut changer dans l’instant, et ce qui demande du temps
Voici ce qui m’enthousiasme dans cette pratique, et je vous le livre tel que je l’observe : l’état intérieur peut basculer en très peu de temps. Une oppression qui se desserre, un souffle qui revient, une posture qui se redresse, des pensées qui reprennent des couleurs. C’est cette immédiateté du corps qui m’a convaincu, et c’est elle qui me fait dire que cette voie est la plus directe que je connaisse.
Et voici ce que je vous dois aussi : vider des années de non-dits ne se fait pas d’un geste. Cela, c’est une traversée. Elle demande de la régularité (revenez-y aussi souvent que nécessaire) et, le plus souvent, un accompagnement. La dépression se traverse pas à pas, et nous ne sommes pas faits pour la traverser seuls.
Prenez cette pratique comme une séance de chant avec votre tambour personnel : votre cage thoracique en est la peau. Vous noterez, après coup, la légèreté qui vient, et jusqu’à votre posture qui change. Votre corps n’est-il pas plus droit, plus ouvert, dans une attitude d’affirmation ? Je l’utilise d’ailleurs beaucoup avec les enfants : elle les fait rire, et ce rire aussi est une libération.
Une pratique plus ancienne que nous
J’ai longtemps cru être seul à passer ainsi par le corps. Puis j’ai retrouvé, au détour d’un cours d’histoire de la kinésithérapie, la trace d’un savoir bien plus ancien. Les taoïstes de la Chine antique avaient consigné dans un texte, le Cong-Fou, tout un art de postures, de respirations et de gestes sur le corps pour dénouer ce qui bloque. Un jésuite, Pierre-Martial Cibot, en a rapporté la description en France en 1779, et cet écrit a nourri les pères de la gymnastique et du massage modernes. La médecine occidentale du dix-neuvième siècle en gardait encore la trace : dans son traité Du massage (1863), le docteur Estradère rappelait comment les Anciens passaient par le corps pour rétablir l’équilibre des fonctions. On raconte même que les Chinois assouplissaient le thorax en le tapotant, parfois avec des sacs de pierres. Je vous rassure : je ne vous propose que la paume de la main. Et les chamans, auprès de qui j’ai beaucoup appris, passent eux aussi par le corps pour faire sortir les états d’âme.
Finalement, on n’invente rien. On retrouve des savoirs oubliés, et ils disent tous la même chose : nous ne sommes pas faits de couches séparées et isolées. Vouloir travailler le corps d’un côté et l’esprit de l’autre, c’est se perdre dans des dédales qui font oublier l’essentiel.
À vous, maintenant
Vous voilà avec une pratique qui ne demande rien d’autre que vos mains et votre souffle, et dont je vous ai dit, sans détour, tout le bien que je pense. Expérimentez-la lorsque l’état intérieur s’assombrit, inscrivez-la dans vos habitudes, partagez-la avec vos proches. Et rappelez-vous ce qu’elle est : une alliée sur le chemin, jamais un substitut aux mains qui peuvent vous accompagner.
Une question, pour finir, que je vous laisse porter : qu’est-ce qui, en vous, attend depuis longtemps la permission de sortir ?



